
Voilà ! C'est fait. Je reviens de la montagne, redescendu des alpages avec dans mon sac, une dose d'énergie et de belles images, une sorte de régénération naturelle qui refait le niveau des batteries et de l'esprit.
Comme à chaque fois, je me souviens de l'arrivée...
Déjà plusieurs heures que j'étais sur la route, dans des paysages plats, surchauffés, surpeuplés de la densité estivale. Des images mornes et déjà connues qui défilent, dans le sempiternel brouhaha de l'auto, du moteur, de la circulation, des aires d'autoroutes. Puis, petit à petit, le relief lointain se dessine, s'affirme dans les traits et les couleurs en quelques kilomètres. Enfin il se gonfle pour de bon, avec fierté, elle apparaît, Elle, la Montagne, avec ses pics perchés dans le ciel, offrant ses flancs séduisants tantôt verts, tantôt minéraux, comme une incitation au voyageur.
La route serpente maintenant dans une gorge, la Montagne n'est plus le tableau lointain, non là elle est bien présente, elle s'est rapprochée, elle vous enveloppe. Je circule désormais à l'intérieur, au creux de ses pentes. Elle rend d'un coup le chemin plus menaçant, les méandres de l'asphalte n'offrant qu'une vue courte, la gorge dans laquelle on s'est immiscée masque un peu de la lumière : pas d'horizon, pas de vue dégagée, une ambiance sombre sur une route agacée. La gorge est le passage du monde plat au monde vertical, du monde chaud au monde frais. Elle vous montre ici l'échelle des grandeurs, vous le petit invité dans un espace grandiose, qui d'un coup peut disparaître, englouti, sans même avoir eu le temps d'émettre une prière.
Et puis ce décor s'installe pour de bon. Les premières inquiétudes laissent place à l'émerveillement. En effet ce qui pourrait paraître menaçant dans les premières minutes, est un cocon préservé : un couloir abrupt de roches ici, des rapaces tournoient là-haut, un torrent en contrebas chante et diffuse sa fraîcheur, des bois verdoyants là abritent certainement une faune que l'on ne perçoit pas encore. La civilisation semble s'estomper, résistant encore en offrant quelques bastions rencontrés sous forme de village ou petites villes.
Puis soudain la route grimpe, ma destination est dans l'autre vallée. La route torturée s'adapte au relief. L'auto quitte les bois, elle entre maintenant dans le décor purement minéral, de la roche à perte de vue, la verticalité, la lumière éclatante. La pause au col s'impose, pour profiter d'un instant. Une vue circulaire magnifique, partout où le regard se dirige, il se pose une montagne, un pic, un rare névé, une vallée, des routes ou des torrents sinueux, comme les veines palpitantes faisant vivre le géant endormi sur lequel je me promène. Cette vue, après des heures de routes, accroche déjà à mon visage ce sourire de satisfaction, comme si, après une longue absence, je retrouvais mon chez moi, ce lieu où quoi que je fasse, je me sens bien. Peut-être est-ce chez moi alors ?
Après une dernière séquence de route tournicotées, j'arrive enfin dans le village choisi pour les vacances. Un petit village de montagne, plutôt rural, fief de la randonnée : on y trouve des randonneurs sur le bord de la route, à la fontaine pour se rafraichir et remplir à nouveau les gourdes, d'autre encore sur les tables de pic-nic pour une simple halte dans un périple prévu bien plus long. Les derniers au bar, consomment un peu de réconfort après les effort consentis et les courbatures attrapées sur les dénivelés des sentiers.
Le soir venu, la fraîcheur revient, l'ambiance dehors est calme, paisible. Je contemple le paysage. Une famille là-bas discute et rie en partageant une apéritif, devant un couple joue avec son chien, quelques oiseaux virevoltent dans le ciel, un petit garçon espiègle s'entraine et fonce avec son petit vélo par ici, son l'œil inquiet de son grand-père.
A l'heure dorée la Montagne prend son apparat princier, je contemple le tableau, les yeux brillants, le cœur léger, réchauffé par le spectacle qui me procure un bien-être indéniable, je sais que les prochains jours vont être joyeux. Les vacances commencent bien.
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