
Dans la forêt, les écureuils dansent, les oiseaux chantent, les abeilles rient et les sangliers font la course, les renards craintifs observent. N'ayez crainte, je vous épargnerai le refrain de la Compagnie Créole.
Je veux juste poser le regard sur un bijou devant lequel nous passons parfois et qui malheureusement tend à disparaître. La forêt.
C'est un écosystème à lui tout seul, des espèces permettant à d'autres de vivre, les cycles de vie nourrissant les uns les autres. Ce poumon de l'humanité est une machine merveilleuse à bien des égards.
Je ne vais pas faire un cours, de biologie ou de météorologie pour vous en démontrer le rôle essentiel pour la vie, je vais vous demander de fermer les yeux et d'imaginer votre prochaine promenade en forêt. Juste pour s'imprégner de sa valeur, de ces souvenirs que vous avez peut-être conservés de votre enfance ou juste d'un épisode plus récent.
La ballade commence en général par ce sentier en bord de route. Quelques ronces et fougères bordent l'entrée, le sentier est cette ligne tracée et dégagée, offrant le passage, il serpente entre les arbres et toute la végétation.
La forêt est sonore...
Déjà après quelques minutes le son a changé. Écoutez bien, on n'entend effectivement plus la même chose, le tumulte de la route est loin... L'ambiance est baignée par le bruissement des feuilles dans le vent. Elles s'agitent, secouées par la bise qui caresse la forêt, elles vibrent parfois, ondulent souvent, offrant au tableau le fond sonore, la basse sur laquelle l'ensemble des voix vont s'ajouter. Les oiseaux chantent, ajoutant au tableau donc, quelques mélodies et de temps à autre, des cris de ponctuation. On pourrait croire parfois que des conversations s'engagent entre deux spécimens, tant un chant semble répondre à un autre, avec des modulations auxquelles on pourrait prêter quelques intentions, joie ici, réprimande là, une dispute maintenant ? La richesse de ces ondes est magnifique, il faut juste prendre le temps de les écouter.
Vos pas eux mêmes provoquent des sons qui ne sont pas coutumes : tantôt feutrés dans l'herbe, tantôt bruissant dans les feuilles à l'automne, faisant craquer là, des brindilles tombées au détour d'un arbre.
Dans cette ambiance sonore, un insecte passe en trombe d'un côté, le bourdonnement d'une nuée de l'autre, accrochée à un parterre de fleurs.
La forêt est visuelle...
Le sonore est secondé par un visuel enchanteur. Quel que soit l'endroit où vous posez votre regard, vous avez une jolie vue.
Ce tronc droit, haut, envahi de mousses et de lianes, est majestueux. Il mélange les couleurs du brun au vert éclatant.
Le sol est à lui seul, une multitude ! Des fougères, des buissons à petites feuilles, à grandes feuilles, certains ornés de fleurs. Et puis au pied d'un arbre, dans un puits de lumière, presque céleste, un parterre de mousse. Au milieu trône une vieille souche, peuplée de petits champignons. Tout autour, la mousse laisse place en quelques endroits à des bouquets jaunes, violets, ou encore orangés, venant tacheter le vert criant de la mousse avec ces pointes en couleurs chamarrées. Un petit cocon en quelque sorte, niché au pied de son arbre protecteur.
Les arbres, constituants principaux de la forêt, les gardiens, les refuges pour bien des espèces ; ils sont les régulateurs de ces étendues. Leur taille en fait les seigneurs de la forêt. Ils vont puiser la lumière en altitude, la restituant en dessous par endroits, la filtrant à d'autres pour protéger les espèces qu'ils abritent, les couvrant de leurs branchages charnus l'été, ou au contraire, la laissant passer avec générosité dans le frimas de l'hiver. Le regard peut palper les scintillements de lumière provoqués par le mouvement des branchages ondulant avec la bise, donnant à ce tableau une connotation un peu magique, comme autant de feux follets qui tournoient autour de vous.
À l'automne, quand certains d'entre eux perdent leurs robes vertes, ces feuilles qui tombent au sol pour former un tapis ocre et roux, vont à leur tour alimenter la terre en substances utiles à la vie des plantes du dessus. Ils sont à la fois les protecteurs et les nourriciers des écosystèmes de ces lieux.
La forêt est olfactive...
Au gré des saisons, le promeneur peut capter dans la forêt des parfums et odeurs bien distinctes.
Parfum plutôt floral au printemps, quand les fleurs des différentes espèces pointent le bout de leur nez. Comment ne pas être ravi, lors d'une promenade, de tomber sur un champ de muguet, cette petite plante aux clochettes blanches si délicates ? Ou du parfum encore, de la violette odorante ?
Ici, en essayant d'approcher les framboises sauvages, vous voilà encerclé de fougères. Leur parfum est subtil, à tonalité herbacée, presque métallique parfois. Et puis là, accroché à cette pierre au soleil, le thym - serpolet si odorant, en fermant les yeux on pourrait sentir le plat que notre Grand-Mère préparait avec amour le dimanche. Un peu plus loin, plus surprenant, plus puissant, le genévrier avec son parfum s'approchant de celui du cèdre, poivré, me rappelle ce couteau acheté à un petit artisan sur le marché d'un petit village de montagne.
Et puis les arbres eux-mêmes sont odorants. Au cours de la promenade, lorsque vous atteignez la partie de la forêt peuplée de résineux, comme l'épicéa ou le pin sylvestre, l'odeur change d'un coup. Le parfum est boisé, chaud, presque sucré, il peut rappeler le goût les bonbons aux vertus adoucissantes et respiratoires. Tous ont ce parfum, qualifié par l'adjectif que l'on leur vole parfois, en parfumerie, en cuisine ou en œnologie : le boisé.
Il arrive parfois que l'on sous-estime les nuages qui nous accompagnent. La lumière s'estompant, voilà que le ciel laisse tomber sur la forêt ses gouttes de pluie. Le chant des oiseaux est vite remplacé par le crépitement des gouttes sur les feuilles et l'humidité tombée du ciel vient modifier l'équilibre olfactif du lieu ; elle renforce l'odeur de la terre, rend plus présents les parfums d'humus, intensifie les notes herbacées des plantes.
La forêt est tactile...
Il y a une sensation particulière à caresser l'écorce d'un vieux chêne, comme si cette matière rugueuse nous racontait l'histoire qui s'est déroulée dans ces sous-bois pendant le siècle dernier. Cette peau sèche, parfois abîmée qui protège ce tronc majestueux qui veille sur le sentier.
Et qui n'a pas été tenté de caresser aussi cette jolie mousse, bien verte, à l'occasion d'une pause ? Une caresse offrant à la main une sensation d'une douceur, légèrement humide, moelleuse, comme pourrait l'être celle d'une caresse offerte à un petit animal au pelage doux.
Ou encore, passer ses mains sur le bout de fougères, ou dans les grandes herbes. Un peu comme si du bout des doigts, on essayait de chatouiller les flancs de la forêt.
Nous voilà de retour à l'orée du bois, prêt à quitter les lieux. Le sol moelleux est replacé par le bitume, la lumière est plus forte. Le cocon vert de la forêt s'estompe, tout comme le chant des oiseaux.
Dans l'auto qui nous ramène à la maison, le regard perdu dans le paysage qui défile, l'esprit se remémore encore cette jolie fleur qui nous a attiré l'œil tout à l'heure, ce rayon de lumière qui donnait une ambiance si particulière à ce tableau de mousse et de champignons devant lequel nous avons fait un arrêt émerveillé.
On s'éloigne, mais de cette promenade, quelque chose persiste en nous, et on repart avec une sensation de joie diffuse, qui pourrait presque nous inciter, cette fois, à chanter la Compagnie Créole.
Commentaires
Aucun commentaire pour l'instant.