
Gentil. Voilà un joli mot.
En vieux français, ce mot désignait le noble de naissance, celui de haute lignée. Le gentil homme, contracté en gentilhomme, désignait d'ailleurs plutôt les vertus prêtées à la noblesse : la courtoisie, le raffinement, la soi-disant bienveillance, etc. Des vertus prêtées, mais étaient-elles bien réelles ? Rien n'est moins sûr, là où dans les salons de cette noblesse régnaient jalousies, jeux de pouvoir, faux-semblants et complots. Il devait y avoir bien sûr de vrais gentilhommes, mais aussi des gentils par convention, pour le paraître de classe, par intérêt, mais point par conviction.
Aujourd'hui le sens a glissé et s'est affaibli, s'est chargé de banalité. Le gentil est l'aimable, le doux, l'agréable, le presque banal. Le gentil n'est pas une menace, il est discret, il pourrait même être transparent tant qu'il ne fait pas trop de bruit. Vraisemblablement, on tend d'ailleurs à facilement l'opposer à des personnalités plus présentes. Jusque parfois dans la cour de l'école, "Oh, mais il est turbulent ce Marco" auquel on oppose "Oui mais regarde le petit Michel, il est gentil lui, il est calme".
Parfois il est même considéré comme un peu simplet, derrière un "il est bien gentil lui". Il est gentil, mais je pense qu'on peut faire sans lui. Le gentil a tendance à s'effacer, il trouve des excuses à tout le monde, il rend service en étant capable de se mettre lui-même en inconfort, de ne pas avoir su dire non. Un gentil pourrait réduire le spécimen à une personnalité plus faible. Cette version là du gentil existe probablement.
Mais il existe aussi le gentil convaincu, celui qui a repris l'héritage de la noblesse, mais qui l'a débarrassé du superficiel, de son titre, de ses manières, de la gentillesse feinte pour mieux manœuvrer dans les salons. Il s'est en quelque sorte purifié, pour ne garder que la substantifique moelle du gentil, comme la dernière et pure vertu.
Il est là, ancré dans la réalité, avec ses idées, ses pensées, ses rêves, son assurance. Pour lui, la gentillesse n'est la qualification de sa posture établie à travers le prisme des autres... Non, pour lui, la gentillesse est un art de vivre, une philosophie, un précepte du quotidien. Il croit en lui, il croit en l'Homme et fait preuve d'empathie avec son prochain. Etre gentil n'est pas une conséquence, c'est un choix assumé, préféré, c'est comme ça et pas autrement, il n'y a tout simplement pas de discussions possibles.
Ce choix est ancré dans la conviction que l'Humain finit toujours par agir par mimétisme inconscient. Le gentil tient la porte, il dit bonjour chaque matin à son collègue irascible, il fait un trait d'humour à la machine pour faire rire quelques collègues, et pourtant... il n'attend rien. Mais silencieusement, discrètement, un changement s'opère : la porte tenue laisse place à un sourire, le collègue irascible finit par lever les yeux et dire bonjour lui aussi, les collègues du café devancent le trait d'humour.
Le dicton ne dit-il pas qu'on récolte ce qu'on sème ?
Cela cache aussi l'envie d'un monde meilleur, et le vœu pieux peut-être, fou certainement, que la gentillesse l'emporte toujours dans un monde parfois déréglé.
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