
Me voici dans le sous-sol de l'immeuble. Une dernière oblique à droite dans l'allée principale, j'aperçois au loin mon box. Elle est là, derrière la porte battante, endormie, calme. L'ambiance paisible du lieu n'est que temporaire, car dans quelques instants il va falloir la réveiller...
J'arrive, défais le cadenas, fais basculer la porte. Sur son rail d'atelier, entravée par sa chaîne, la bête semble respirer au rythme d'un sommeil profond.
J'enlève la chaîne, je la descends du rail et la sors du box. Les néons de l'allée lui redonnent déjà un peu ses couleurs, ce noir profond et son orange vif. Je la mets sur béquille.
Moment fatidique. J'appuie sur le contact pour la réveiller. Petits bruits, une pompe qui se met en marche, elle semble s'ébrouer de son long sommeil. Son phare termine son cycle de réveil. Tous les indicateurs sont bons. J'appuie sur le démarreur, on sent qu'un réel effort est nécessaire pour lancer la mécanique, mais après quelques instants, elle démarre enfin. Elle ronronne, son grave, presque rauque. J'attrape mon casque, le passe, enfile mes gants. Je m'assieds sur la selle. Sous mon casque j'ai déjà le sourire.
C'est parti, un appui du pied à gauche, claquement, la première est passée. Jeu d'embrayage, elle renâcle et elle se met en mouvement. Petit circuit dans les allées du garage sous l'éclairage blafard. Point mort devant la porte de sortie, une action sur la télécommande, le soleil inonde le sas de sortie. C'est reparti, elle grogne un peu mais remonte la rampe de sortie. Derniers segments d'allée à la lumière cette fois, sortie de la résidence. Insertion dans le trafic, léger à cette heure. Encore quelques rues et déjà elle prend sa température, son régime de croisière facilement. Elle ronronne. Dernier boulevard, déjà les collines s'approchent. Les accélérations sont plus franches, comme si elle et moi avions déjà envie d'attaquer l'ascension. Petit coup d'œil au tableau de bord, température, pression des pneus, tout est au vert. C'est le moment de passer la Bête en mode performance. Les yeux de nouveau sur la route, petit tour de la poignée, ce n'est plus pareil, la fougue est là, juste à portée de main. Le dernier virage avant la montée du col approchent. Elle trépigne, comme le pilote. On y est !
Elle s'y jette à droite, en gardant sa vitesse initiale, elle ne bronche pas, le virage vite passé... Une voiture trente mètres devant. Soudain elle bondit, en grognant d'abord, puis en rugissant rapidement. Je suis propulsé en avant, presque avec violence, elle me tire sur les bras, la voiture est happée en un battement de cil. Elle reprend sa voie avec dynamique, vitesses montées à la volée. Le virage suivant est déjà là.
Coup de frein, elle se jette à gauche, puis à droite avec une agilité de gazelle et la rage du taureau fumant, elle réaccélère. Chaque coup de poignée est un coup de pied aux fesses, elle suit sa trajectoire avec une précision chirurgicale. Je souris encore plus dans cette danse énergique, en proie au vent, aux forces centrifuges et autres effets gyroscopiques. La Bête, comme tous les spécimens de son espèce, défie les lois de la physique en créant un équilibre sensationnel. Les accélérations, freinages, virages s'enchainent comme une danse, un pas un virage, toujours dans une dynamique frénétique, mangeant les autres véhicules un à un.
Après un moment, j'ai l'impression de survoler la route, comme un oiseau s'amusant des éléments, une belle évasion qui change les idées. Car ici, point de place à la rêvasserie. La Bête est fougueuse mais requiert un pilote bien présent, elle sanctionne vite l'inattention.
Quelques heures après, de retour au box, cliquetant de chaleur, la Bête retrouve son repos, après une cavalcade effrénée sur les routes de l'arrière pays. Le pilote rentre chez lui, le fondement un peu endolori, mais le sourire lui est bien là, ravi de sa chevauchée fantastique qui lui a permis, quelques instants, de ne penser a rien d'autre.
Commentaires
Aucun commentaire pour l'instant.